ON NOUS Y PRÉPARE... À LA CATASTROPHE !

Déjà menacés par l'horreur d'une catastrophe nucléaire, nous sommes maintenant menacés d'un acte de terrorisme. Chaque semaine de multiples transports routiers de produits radioactifs mal protégés circulent sur nos routes avec le risque terrible de servir à une bombe "sale".

Autrefois le nucléaire était « sûr », depuis peu, et petit à petit on laisse entendre que la catastrophe est possible. L’Autorité de Sureté Nucléaire (ASN), elle-même inféodée au lobby, prend ses distances et lance des alarmes. La situation est peut-être plus grave qu’on ne le croit dans un pays verrouillé par le « tout » nucléaire électrique, par le chômage, la sécurité et le libéralisme triomphant.

Le danger nucléaire maintenant avéré, on ne nie pas que nous puissions avoir à subir les effets d’une catastrophe, et d’ailleurs on nous y prépare. Mais par contre, on se garde bien de nous dire que le risque d’attentat sur un site nucléaire, ou sur un transport de combustibles radioactifs dans le but de produire une bombe « sale », est très grand. Quant aux installations militaires protégées par le secret, on peut s'en inquiéter tout autant. Aussi, pour faire accepter par la population ce risque terrible, la stratégie du lobby élaborée par le cabinet Mutadis Consultant reste triple :

- Nous convaincre qu’avec 3/4 d’électricité nucléaire, on ne peut pas s’en passer. La « nucléocratie » veille donc à promouvoir l’utilisation massive d’électricité (par le chauffage électrique, la climatisation, et maintenant de la voiture électrique).

- Œuvrer à ce qu’il n’y ait pas d’alternatives crédibles. Voilà pourquoi nous sommes à la traîne du développement des énergies renouvelables, et également des mesures en faveur de la sobriété et de l’efficacité énergétique.

- Prétendre qu’on peut vivre en zone contaminée, c’est ce que le lobby impose en Biélorussie et au Japon, au mépris de ce que subissent les habitants, et ce pour des générations. Il s’appuie pour cela sur des études menées en Biélorussie financées par l’Europe et la France (Ethos, Core, etc…).

Le lobby a manœuvré pour profiter de la Conférence Climatique qui s'est tenue à Paris cet automne pour faire la promotion du nucléaire, mais finalement sans beaucoup de succès, plombée par le fiasco d'Areva et les dettes d'EDF.

 Mais il n’empêche,  « Le contexte en matière de sûreté et de radioprotection est particulièrement préoccupant. » a déclaré Pierre-Franck Chevet, le président de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), qui n’a pas mâché ses mots à l’occasion des vœux à la presse. Il a dressé un constat de l’état du nucléaire en France, dans un discours d’une trentaine de minutes, autour de  motifs d’inquiétudes préoccupants.

Il qualifie en particulier d’« enjeux sans précédents », l’épineux dossier de la prolongation de durée de fonctionnement des réacteurs au-delà de 40 ans. Une prolongation dont le gendarme du nucléaire français a rappelé qu’elle n’était « pas acquise » – « on est loin d’avoir décidé des conditions » – mais dont l’échéance se rapproche, avec une première visite décennale fixée à Tricastin 1 en 2019. Une première « décision » – sorte de document de prescription fixant les grandes orientations – est annoncée pour les prochaines semaines. Sur ce sujet, Pierre-Franck Chevet a d’ailleurs manifesté le souhait d’« organiser la participation du public », « pas prévue par la loi mais nécessaire au vu des enjeux ».

En Belgique également, les experts en sécurité nucléaire sont inquiets: la Belgique vient de redémarrer deux anciens réacteurs fissurés qui menacent de déclencher un nouveau Tchernobyl au cœur de l’Europe. Les citoyens manifestent, et les gouvernements de tous les pays voisins sont préoccupés.

L’Europe pourrait être confrontée au risque nucléaire le plus grave depuis Tchernobyl, la France, la Belgique, comme l’ensemble des pays voisins, seraient directement touchés par un tel désastre. Aussi les experts d'Euratom (traité européen qui a pour objectif de promouvoir le nucléaire à l'échelle européenne et fixe pour cela des normes de radioprotection laxistes) ont fixé des limites sur les aliments commercialisés en cas d'accident nucléaire en Europe. Il en résulte un règlement scandaleux qui sera imposé à tous en cas d’accident nucléaire, il est conçu pour minorer le cout pour les Etats, au détriment de la protection des populations. La Criirad a lancé une pétition pour alerter les responsables avec une campagne de mobilisation. Pour Roland Desbordes  une hécatombe se prépare. "Alors que personne n'était prêt en 1986, aujourd'hui, on sait, et c'est alors beaucoup plus grave".

Dans le même temps, il est prévu de limiter l’évacuation des zones touchées à 5 kms autour de l’accident, tout simplement parce qu’on n’aurait pas les moyens de prendre en charge les centaines de milliers d’habitants concernés. L’armée sera chargée de gérer les flux de populations cherchant à fuir à tout prix, seule solution de survie. De même on ne distribue les pastilles d’iode que dans un rayon de  10kms autour des centrales, alors que les pathologies de la thyroïde dues à Tchernobyl se sont développées à des milliers de kms.

Rappelons que les pastilles d'iode n'ont pour but que de saturer la thyroïde en iode pour éviter qu'elle soit contaminée par de l'iode radioactif. Cela ne protège en rien l'organisme contre la multitude de radioéléments que nous subirions en cas de catastrophe. De plus, pour que la thyroïde soit effectivement protégée, il faut que cet iode soit absorbé avant que nous soyons touchés par la radioactivité. Autant dire que ce ne sera probablement pas le cas dans le rayon de 10 kms, si l'alerte n'est pas donnée en urgence, et si les habitants n'ont pas le temps d'aller prendre leur pastille à la maison…. D'un accident au cœur de la France, peu de gens échapperont à la contamination, aux dégâts de santé, à l'angoisse.

Convaincus que ce risque est réellement effrayant, et constatant que le nucléaire est la plus mauvaise solution pour faire bouillir l'eau nécessaire à la production d'électricité, certains d’entre nous estiment qu’il faut arrêter le nucléaire immédiatement en partie, le reste en extrême urgence. Et c’est possible. Il faut pour cela non seulement lancer un programme exigeant de réduction de la consommation d’électricité, mais aussi accepter de brûler provisoirement des hydrocarbures dans les centrales thermiques en attendant que les renouvelables prennent le relais. La part du nucléaire dans la consommation totale finale d’énergie en France étant inférieure à 15 % (dans le monde 2 %), l'augmentation d'effet de serre qui en résulterait serait modeste -compensable d'ailleurs par des mesures de sobriété dans la circulation aérienne et routière. 

Dès maintenant les études indépendantes annoncent un nombre effrayant de victimes du nucléaire. Et alors que les dégâts du nucléaire nous permettent d’en parler comme d’un crime contre l’humanité qui devrait être jugé comme tel, la «nucléocratie» s’efforce de le sauver, fleuron de la « grandeur » de la France, nécessaire à l'entretien de notre armement nucléaire. Ce choix mortifère menace la population de l’Europe occidentale.

 

Pierre Péguin, de la Coordination Antinucléaire Sud-Est*, avril 2016.

*La Coordination Anti-nucléaire Sud-Est regroupe les associations, organisations, particuliers qui luttent sans concession contre cette énergie sale et dangereuse et agissent sur le terrain et par d'autres moyens (soutien, pétition, dons, analyse, contrôle,...) pour l'arrêt immédiat et sans condition du nucléaire.